École professionnelle (EPAI) – interview de M. John Lehmann

Présentation :
M. Lehmann est enseignant pour les apprentis boulangers-pâtisssiers-confiseurs
à l’école professionnelle de Fribourg depuis 7 ans. Boulanger-pâtisssier de
formation, il s’est toujours intéressé à l’enseignement en plus de son travail
professionnel. Au bénéfice d’une maîtrise fédérale, il a effectué une sorte de
«Tour de Suisse» pour enrichir ses connaissances. Avant de se consacrer à plein
temps à l’enseignement, il a géré en tant que patron, le commerce
familial : «le Pâtissier de La Roche».
- Depuis quand
utilisez-vous un ordinateur, de
manière générale ?
Depuis 1994, suite au passage de la machine à écrire vers le traitement de
texte, j’ai découvert un intérêt réel pour l’informatique. J’ai entrepris
ma formation en autodidacte dans le domaine informatique.
- Depuis quand
utilisez-vous un ordinateur pour
votre travail ?
Également depuis 1994 avec Excel, pour préparer les bulletins de livraison
avec calcul automatique des quantités et proportions nécessaires à la
fabrication et ensuite pour la facturation mensuelle.
- Pour quelles
tâches spécifiques l’utilisez-vous ?
Pour
tous les supports de cours. Je crée beaucoup de travaux en utilisant les
possibilités offertes par le traitement d’image (Photoshop). Cela permet aussi
de conserver les travaux réalisés par les apprentis au niveau création
(photographies des pâtisseries et autres réalisations). Je gère encore deux
sites internet : http://www.lepain.ch
et http ://www.patisserie.ch. Cela
a permis même de créer des liens internationaux (USA) pour répondre à une
demande de recette d’un produit chocolaté. Le site «patisserie» était très
grand au départ ; il a été réduit à un portail ; il contient des
recettes, des exemples de pièces montées.
Le site «lepain.ch» est destiné aux boulangers et permet un échange entre les
professionnels de la branche. Mais, il est également davantage axé vers
l’information au public, avec des indications sur la nutrition, sur les valeurs
nutritionnelles des constituants, sur la façon de fabriquer son pain soi-même.
Il a pour but essentiel d’informer sur le sujet. Son existence est due à
l’Association romande des boulangers-pâtissiers.
- Comment les
ordinateurs ont-ils été introduits dans le cadre de votre école ?
Les machines étaient déjà installées à mon arrivée à l’École
professionnelle. Au départ, les enseignants ne savaient pas très bien
utiliser ces outils. Progressivement tous les professeurs s’y sont mis.
L’outil est devenu aujourd’hui indispensable dans tous les domaines de la
formation professionnelle. La Direction a énormément soutenu
l’introduction des outils informatiques et en a fait son cheval de
bataille.
- Quels ont
été les obstacles à cette introduction ?
Les problèmes techniques (dysfonctionnements divers) ont causé de
nombreuses difficultés. L’enseignant croit «savoir» comment cela
fonctionne et crée de nombreux blocages ; d’où impatience et
énervement, puis abandon (tout devrait fonctionner tout de suite). Les
élèves ont encore parfois passablement d’avance et ont aussi tenté de
semer la zizanie dans le réseau. Cela a nécessité une gestion sécurisée
plus contraignante. Le manque de disponibilité des responsables informatiques
(insuffisance de personnel) a aussi parfois été un frein.
- Qu’est-ce
qui l’a motivé ou encouragé ?
Un service informatique composé de professeurs et des responsables
informatiques a rendu service dans la résolution des problèmes.
Les collaborations entre les différentes écoles, avec les autres
professeurs, les échanges interprofessionnels ont grandement favorisé
l’utilisation des TIC dans les cours. Actuellement, un nouveau virage
s’amorce avec l’amélioration des équipements des salles avec des beamers
et des PC portables. Chaque enseignant va arriver en classe avec ses
propres outils.
- En quoi
l’ordinateur a changé la façon d’enseigner ?
Dans la préparation des supports de cours, il est devenu absolument
nécessaire de fournir aux apprentis des documents irréprochables, de
qualité professionnelle. Cette exigence touche aujourd’hui aussi bien les
élèves que les enseignants. L’utilisation du papier n’a pas diminué, au
contraire il y a presque noyade sous le volume d’informations.
Dans leur métier, les apprentis boulangers touchent peu ou pas du tout
l’outil informatique. Par contre, dans leurs documents de travail, le
recours à l’outil informatique augmente sans cesse. Les compétences
acquises à l’école secondaire rendent alors un grand service. À raison
d’une heure par semaine, les apprentis reçoivent en tout environ 40 heures
de cours informatique. Les enseignants de branches générales travaillent
en étroite collaboration avec les enseignants de branches professionnelles
afin d’utiliser au mieux les outils disponibles. Les apprentis commencent
même dans certains cas à utiliser la messagerie comme outil de contact
avec leurs professeurs (excuses, absences, demande de conseils,…).
- Pourrait-on
s’en passer ?
Il est possible de vivre sans ordinateur, mais c’est très difficile. Si
l’on jette un regard dans le passé, on peut constater qu’on ne s’est
jamais passé du téléphone, on l’a développé encore davantage ; la
situation devrait être la même pour l’informatique.
- Que
feriez-vous pour persuader un collègue qui est encore réfractaire ?
Il faut trouver des «astuces», créer des besoins. Les démonstrations ne
sont pas suffisantes pour convaincre les réticents.
- Quelles sont
vos attentes face à la formation mise en place dans le canton et par la
Confédération ?
Je trouve que nous sommes déjà bien gâtés. De grosses dépenses au niveau
des équipements ont été consenties par le canton.
Je vois une aide possible dans le fait d’organiser des cours facultatifs,
où la nécessité d’une démarche volontaire de la part des apprentis
(inscription) soit développée.